Avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), le stress revient souvent dans les conversations : on le soupçonne d'aggraver les symptômes, de faire prendre du poids, de « ralentir le métabolisme ». Le cortisol, l'hormone du stress, est vite désigné comme le coupable. Que mesurent vraiment les études ? Moins qu'on ne le dit, et pas toujours dans le sens que l'on croit.
Ce que mesurent les études
Dans une grande enquête australienne, plus de 8 600 femmes ont rempli des questionnaires validés sur leur moral. Celles qui déclaraient un SOPK (478) rapportaient plus souvent une dépression (27 % contre 19 %), des symptômes d'anxiété (50 % contre 39 %) et un stress perçu plus élevé que les autres. Ces écarts persistaient après avoir tenu compte de l'indice de masse corporelle, de l'infertilité et de la situation sociale (Damone et al., 2019).
Le cortisol, lui, a été dosé dans de nombreuses études comparant des femmes avec et sans SOPK. Une méta-analyse en a réuni 41 : le cortisol y est en moyenne plus élevé avec un SOPK, l'écart étant plus net quand il est dosé dans le sang. Mais les résultats varient énormément d'une étude à l'autre, ce qui rend cette moyenne peu sûre (Benjamin et al., 2021).
Dans quel sens va le lien ?
Ces études ont la même limite : elles mesurent le stress ou le cortisol à un moment donné. Elles ne peuvent pas dire si le stress contribue au SOPK, si vivre avec un SOPK (des symptômes visibles, des cycles imprévisibles, parfois une grossesse qui tarde) est une source de stress, ou si les deux s'entretiennent. Dans l'étude australienne, le stress semblait servir d'intermédiaire entre le SOPK et la dépression ou l'anxiété : c'est une raison de le prendre au sérieux, pas d'en faire la cause du syndrome (Damone et al., 2019).
Un vrai excès de cortisol existe, mais c'est une maladie à part, le syndrome de Cushing, qui peut donner des signes proches de ceux du SOPK. La recommandation internationale demande de l'écarter quand les signes cliniques l'évoquent (Teede et al., 2023). C'est à votre médecin d'en juger et de prescrire les examens adaptés.
« Le stress ralentit le métabolisme » : d'où vient l'idée
Cette affirmation repose surtout sur une étude américaine de 2015. Cinquante-huit femmes de 53 ans en moyenne, dont 38 avaient été traitées pour un cancer du sein, ont passé deux journées à l'hôpital. Chaque fois, on leur demandait les tracas de la veille, puis on mesurait leur dépense d'énergie pendant plusieurs heures après un repas riche en graisses. Plus elles avaient eu de tracas la veille, moins elles dépensaient d'énergie après ce repas : une veille avec un tracas, comparée à une veille sans, correspondait à 104 kilocalories de moins sur six heures. Le cortisol, lui, n'était pas lié à ces tracas de façon significative (Kiecolt-Glaser et al., 2015).
Les auteurs en tirent une projection, près de cinq kilos par an, qui n'a pas été mesurée : c'est un calcul étendu à une année à partir de quelques heures. Il s'agit d'une seule étude, chez des femmes d'une cinquantaine d'années, sans lien avec le SOPK, après un repas très riche en graisses. Elle ne montre pas un métabolisme durablement ralenti par le stress.
Et le métabolisme de repos des femmes avec un SOPK ? Une revue de 2025 a recensé quinze études qui l'ont mesuré : sur les huit qui comparaient des femmes avec et sans SOPK, sept ne trouvaient pas de différence (Nguo et al., 2025). Une étude italienne de 2024, chez 266 femmes avec un SOPK et 51 sans, trouve une dépense de repos identique en valeur brute, mais un peu plus basse rapportée à la masse maigre. Ses auteurs rappellent que leur étude, qui compare des femmes à un moment donné, ne permet pas de conclure à une cause (Tosi et al., 2024).
La « fatigue surrénalienne » n'est pas une maladie reconnue
L'idée circule beaucoup : un stress prolongé « épuiserait » les glandes surrénales, qui ne produiraient plus assez de cortisol, d'où la fatigue, les envies de sucré ou de salé, le besoin de café pour tenir. Une revue systématique a examiné 58 études qui mesuraient le cortisol chez des personnes fatiguées ou en bonne santé. Leurs résultats se contredisent presque systématiquement, et les auteurs concluent que rien n'établit que cette « fatigue surrénalienne » soit une maladie (Cadegiani et Kater, 2016).
L'Endocrine Society, une grande société savante d'endocrinologie, dit la même chose dans sa fiche destinée aux patients : aucune preuve scientifique ne soutient cette maladie, aucun test ne la détecte, et les tests sanguins ou salivaires proposés pour la diagnostiquer ne reposent pas sur des études solides. Ses symptômes sont si communs qu'ils se retrouvent dans beaucoup d'autres situations, et le risque est de passer à côté de la vraie cause : une insuffisance surrénalienne, une dépression, une apnée du sommeil (Endocrine Society, 2022). La société met aussi en garde contre les produits vendus pour « soutenir les surrénales » : ceux qui contiennent des hormones peuvent mettre les surrénales au repos, et leur arrêt expose alors à une insuffisance grave (Endocrine Society, 2022).
Si vous êtes épuisée depuis des semaines, c'est une vraie raison de consulter. Votre médecin peut chercher une apnée du sommeil, plus fréquente avec un SOPK quel que soit le poids (Teede et al., 2023), un manque de fer ou de vitamine B12, un trouble de la thyroïde ou une dépression. Voyez Fatigue : les carences à faire vérifier, Apnée du sommeil et SOPK et Thyroïde et cycle.
Ce qui aide, d'après des sources solides
Bouger. Une synthèse de 97 revues, soit plus de mille essais et 128 000 participants, trouve que l'activité physique réduit de façon moyenne les symptômes de dépression, d'anxiété et de détresse psychologique, chez des personnes en bonne santé comme chez des personnes malades. La plupart de ces revues étaient de qualité méthodologique faible, mais le bénéfice se retrouve dans des populations très diverses (Singh et al., 2023). Avec un SOPK, la recommandation internationale ne retient aucun type ni aucune intensité d'exercice comme supérieur, et conseille une activité qui vous plaît et que vous pouvez tenir (Teede et al., 2023). Voyez Sport et SOPK.
Se faire aider quand le stress déborde. Si le stress tourne à l'anxiété ou à la déprime, la recommandation demande de les rechercher et de proposer une prise en charge : une thérapie psychologique peut être le premier traitement, choisie selon les recommandations générales et vos préférences (Teede et al., 2023). Voyez Anxiété, déprime et SOPK.
Méditer, respirer lentement, si cela vous fait du bien. Les essais menés avec un SOPK améliorent surtout la qualité de vie liée aux émotions, sans effet net sur le stress mesuré : voyez Pleine conscience et respiration lente.
Ces pistes ont été évaluées sur le moral, pas sur le cortisol. On les choisit pour se sentir mieux, pas pour « faire baisser son cortisol ».
Dans l'app Helena
Le check-in du soir vous demande comment était votre niveau de stress dans la journée, de « Submergée » à « Apaisée ». En ajoutant « Stress » à « Mes métriques », dans l'onglet Suivi, vous voyez sa courbe à côté de celles de votre sommeil ou de vos symptômes. Ce n'est pas une mesure du cortisol, c'est votre ressenti, et c'est lui qui compte quand vous en parlez à votre médecin.
En résumé
- Les femmes avec un SOPK se disent plus stressées, et le cortisol est en moyenne plus élevé dans les études, avec des résultats très variables.
- Ces études ne disent pas si le stress aggrave le SOPK ou si vivre avec un SOPK stresse.
- L'idée d'un métabolisme ralenti par le stress repose sur une seule petite étude de quelques heures.
- La « fatigue surrénalienne » n'est pas une maladie reconnue : si vous êtes épuisée, cherchez la vraie cause avec votre médecin.
- Bouger et, si besoin, une thérapie psychologique aident le moral ; ce ne sont pas des traitements du cortisol.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
