La fatigue a beaucoup de causes, et la plupart ne se voient pas à l'œil nu. Deux carences sont fréquentes chez les femmes et se cherchent par une simple prise de sang : le fer et la vitamine B12. L'une comme l'autre se vérifient avant de prendre quoi que ce soit, parce qu'un complément pris au hasard peut fausser le résultat et masquer la cause.
Le fer : pourquoi les femmes réglées sont en première ligne
En France, l'étude nationale Esteban a mesuré les réserves de fer de milliers d'adultes. Chez les femmes en âge d'avoir des enfants, environ une sur cinq avait des réserves de fer vides, et autant des réserves faibles ; avant 40 ans, près d'une sur quatre avait des réserves vides. Une anémie par manque de fer touchait environ 4 % d'entre elles (Esteban, 2019).
Les règles sont la première cause de cette carence, et la raison principale pour laquelle elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes (OMS, 2020). Même sans anémie, un manque de fer semble associé à la fatigue et à des performances physiques moindres (OMS, 2020).
Des règles abondantes : comment les reconnaître
Des règles abondantes sont fréquentes, et plus de la moitié des femmes concernées manquent de fer. Quelques signes concrets aident à les repérer : devoir changer de protection la nuit, des fuites sur les vêtements, des caillots de plus de 2,5 centimètres, ou le besoin de doubler les protections (MacLean et al., 2023). En cas de règles abondantes, la recommandation britannique prévoit une numération formule sanguine, qui recherche une anémie (NICE, 2026).
Chercher une carence en fer : la ferritine d'abord
La HAS recommande de doser la ferritine en première intention, avec un hémogramme. Une ferritine basse suffit à affirmer la carence, sans autre dosage. Doser le fer sérique seul, ou le fer avec la ferritine, n'est pas pertinent en première intention ; le fer avec la transferrine se réserve à certaines situations, comme une inflammation ou une ferritine normale malgré une forte suspicion (HAS, 2011).
Quelques précautions : une inflammation, une infection ou une insuffisance rénale peuvent rendre la ferritine normale ou haute malgré des réserves vides, et des dosages répétés se comparent mieux dans le même laboratoire (HAS, 2011).
Lire sa ferritine : des seuils qui varient
Votre résultat est à lire avec votre médecin, parce que les seuils ne sont pas les mêmes partout :
- la HAS ne fixe pas de seuil : les limites basses varient beaucoup d'une technique et d'un laboratoire à l'autre, et elle juge leur harmonisation nécessaire (HAS, 2011) ;
- l'OMS retient une carence en dessous de 15 microgrammes par litre chez l'adulte en bonne santé, et un seuil plus haut, 70, en cas d'infection ou d'inflammation (OMS, 2020) ;
- un seuil de 30, souvent cité, est la position d'un groupe d'auteurs, qui notent eux-mêmes qu'aucune recommandation officielle ne prévoit de dépistage chez les femmes non enceintes (MacLean et al., 2023) ;
- à l'autre bout, une ferritine au-dessus de 150 chez une femme réglée peut signaler un risque de surcharge, dont la cause est à chercher (OMS, 2020).
Vitamine B12 : alimentation végétale et traitements au long cours
La vitamine B12 se trouve dans les aliments d'origine animale. Chez les personnes végétaliennes, et chez les végétariennes qui limitent les produits laitiers, l'alimentation seule ne la couvre pas (Anses, 2025).
Elle peut aussi baisser avec un traitement au long cours. La recommandation internationale sur le SOPK signale qu'une B12 basse peut accompagner la metformine, surtout en présence d'autres facteurs de risque, et propose d'envisager une surveillance (Teede et al., 2023). Les recommandations sur le diabète proposent un dosage périodique de la B12 sous metformine au long cours, surtout en cas d'anémie ou de fourmillements (ADA, 2026).
La recommandation britannique sur la B12 apporte trois précisions utiles (NICE, 2024) :
- on la recherche quand au moins un signe, comme une fatigue inexpliquée, une sensation de brouillard mental, des fourmillements ou des troubles de l'équilibre, s'associe à au moins un facteur de risque ;
- l'absence d'anémie n'exclut pas une carence, et un résultat situé dans une zone intermédiaire reste à interpréter ;
- la pilule œstroprogestative peut abaisser le taux mesuré sans véritable carence.
Les autres causes de fatigue à ne pas manquer
- La thyroïde : la fatigue fait partie des signes d'une hypothyroïdie. Voyez Thyroïde et cycle.
- L'apnée du sommeil : elle est plus fréquente avec un SOPK, indépendamment de l'indice de masse corporelle (IMC). Ronflements, réveil pas reposé, somnolence ou fatigue dans la journée doivent la faire rechercher (Teede et al., 2023). Voyez Apnée du sommeil et SOPK.
- La dépression et l'anxiété : plus fréquentes avec un SOPK, elles se dépistent chez toutes (Teede et al., 2023). Voyez Anxiété, déprime et SOPK.
- La glycémie : le risque de diabète de type 2 est plus élevé avec un SOPK, et la glycémie se vérifie au diagnostic puis régulièrement (Teede et al., 2023). La soif, des urines fréquentes ou une perte de poids inexpliquée doivent faire consulter (ADA, 2026).
Pourquoi ne pas se supplémenter seule
La recommandation britannique demande de faire la prise de sang avant de commencer un traitement, et de signaler les produits déjà pris : certains font monter le taux mesuré sans corriger la carence (NICE, 2024). Pour le fer, l'excès ne s'élimine pas facilement et peut s'accumuler, et une carence doit toujours faire chercher sa cause (OMS, 2020 ; MacLean et al., 2023). Le bon complément, sa forme et sa durée se décident avec votre médecin ou votre pharmacien, une fois la carence prouvée.
Dans l'app Helena, le bilan biologique vous permet de noter votre ferritine et votre B12 et de les retrouver avec vos autres résultats.
Quand consulter
- Une fatigue qui dure, surtout avec une pâleur, un essoufflement à l'effort ou des palpitations.
- Des règles abondantes au sens des signes ci-dessus.
- Une alimentation végétalienne, ou un traitement par metformine depuis plusieurs années, avec l'un des signes de manque de B12.
- Consultez rapidement si des fourmillements, des troubles de l'équilibre, de la marche ou de la vue apparaissent : la recommandation britannique demande de ne pas retarder la prise en charge dans ce cas (NICE, 2024).
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous êtes fatiguée depuis plusieurs semaines, parlez-en à votre médecin.
