Avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), on parle des cycles, de la pilosité, de la glycémie. Le sommeil vient rarement dans la conversation. La recommandation internationale de 2023 l'y ramène : elle demande de rechercher chez toutes les femmes avec un SOPK les signes d'une apnée obstructive du sommeil, plus fréquente chez elles que chez les autres femmes (Teede et al., 2023).
Cet article explique ce qu'est cette apnée, quels signes doivent faire consulter et comment se font le diagnostic et le traitement en France, d'après la recommandation française sur le syndrome d'apnées hypopnées obstructives du sommeil, ou SAHOS (SPLF, 2010). Il termine par ce que l'on sait de la régularité des horaires de sommeil, d'après le consensus d'experts de la National Sleep Foundation, une fondation américaine consacrée au sommeil (Sletten et al., 2023).
Ce que dit la recommandation internationale
La recommandation sur le SOPK consacre quatre points à l'apnée obstructive du sommeil (Teede et al., 2023) :
- Elle est plus fréquente. Les soignants doivent savoir que les femmes avec un SOPK ont plus souvent une apnée obstructive du sommeil que les femmes sans SOPK, et cette différence est indépendante de l'indice de masse corporelle (IMC). L'apnée n'est donc pas à chercher seulement chez les femmes dont l'IMC est élevé.
- Ses symptômes sont à rechercher. Les femmes avec un SOPK doivent être interrogées sur les symptômes d'apnée, c'est-à-dire un ronflement associé à des réveils non reposés, à une somnolence dans la journée ou à de la fatigue. S'ils sont présents, un dépistage par un outil validé ou une orientation pour un bilan est recommandé.
- Un questionnaire aide, l'enregistrement tranche. De simples questionnaires de dépistage, comme le questionnaire de Berlin, validé en population générale, peuvent aider à repérer une apnée. Le diagnostic demande un enregistrement du sommeil.
- Le traitement vise les symptômes. Ses objectifs doivent porter sur les symptômes de l'apnée et sur ce qu'ils pèsent au quotidien.
Les deux premiers points sont des recommandations fortes, appuyées sur des preuves de certitude modérée ; les deux autres sont des points de pratique, fondés sur l'avis des experts. La recommandation constate cette fréquence plus élevée sans en détailler les causes.
L'apnée du sommeil, qu'est-ce que c'est ?
Pendant le sommeil, la gorge se referme à répétition. La respiration s'arrête (apnée) ou diminue nettement (hypopnée) pendant au moins dix secondes, alors que le corps continue de faire des efforts pour respirer (SPLF, 2010).
On parle de syndrome d'apnées hypopnées obstructives du sommeil quand ces événements reviennent au moins cinq fois par heure de sommeil et s'accompagnent de symptômes : une somnolence excessive dans la journée sans autre explication, ou au moins deux signes parmi un ronflement sévère et quotidien, des sensations d'étouffement pendant le sommeil, un sommeil non réparateur, une fatigue dans la journée, des difficultés de concentration et le fait de se lever plus d'une fois par nuit pour uriner. La sévérité tient compte du nombre d'événements par heure (légère de 5 à 15, modérée de 15 à 30, sévère à partir de 30) et de l'importance de la somnolence (SPLF, 2010).
Pourquoi ne pas la laisser passer
L'apnée non traitée n'est pas qu'une affaire de fatigue. La recommandation française la décrit comme un facteur de risque indépendant d'hypertension artérielle et l'associe à des anomalies du métabolisme du sucre. Elle multiplie par deux à trois le risque d'accident de la route, et son traitement réduit ce risque (SPLF, 2010).
La même recommandation reste prudente sur ce que le traitement change au reste : l'effet de la pression positive continue, le traitement recommandé en premier dans les formes sévères, sur le métabolisme du sucre n'est pas démontré (SPLF, 2010). Traiter une apnée sert d'abord à réduire la somnolence et les autres symptômes, et à conduire en sécurité, ce qui rejoint l'objectif fixé par la recommandation sur le SOPK (Teede et al., 2023).
Les signes qui doivent faire consulter
D'après les deux recommandations, parlez-en à votre médecin si vous reconnaissez (Teede et al., 2023 ; SPLF, 2010) :
- un ronflement fort, presque toutes les nuits, surtout s'il s'accompagne de réveils où vous ne vous sentez pas reposée, de somnolence ou de fatigue dans la journée : c'est l'association que la recommandation sur le SOPK demande de rechercher
- des pauses respiratoires remarquées par la personne qui dort à côté de vous, ou des réveils avec une sensation d'étouffement
- une somnolence dans la journée : vous vous endormez sans le vouloir devant la télévision, en lisant, en réunion, ou vous luttez contre le sommeil
- des difficultés de concentration dans la journée
- le besoin de vous lever plus d'une fois par nuit pour uriner
Pour mesurer la somnolence, le médecin peut vous poser quelques questions simples (êtes-vous trop somnolente dans la journée, vous réveillez-vous non reposée, avez-vous des accès de sommeil irrésistibles) et vous proposer l'échelle de somnolence d'Epworth, un questionnaire à remplir soi-même. Elle n'est pas validée en français, mais la recommandation la retient parce qu'elle est largement utilisée (SPLF, 2010).
Sans attendre si vous somnolez au volant ou si votre métier vous expose à un risque d'accident : la recommandation française demande alors un enregistrement rapide (SPLF, 2010).
Du questionnaire à l'enregistrement : le diagnostic
Votre médecin traitant peut vous orienter. La recommandation française veut que l'évaluation soit faite par un médecin formé aux pathologies du sommeil, à l'aide d'un questionnaire structuré. Ce médecin cherche aussi les signes d'un autre trouble du sommeil, à partir de vos horaires et de votre durée de sommeil (un agenda du sommeil), des médicaments qui peuvent donner envie de dormir, ou de signes d'insomnie (SPLF, 2010).
L'examen qui confirme le diagnostic est un enregistrement de la respiration pendant la nuit (SPLF, 2010) :
- la polygraphie ventilatoire est recommandée en premier quand l'apnée est probable et qu'aucun autre trouble du sommeil n'est suspecté ; elle enregistre la respiration, l'oxygène du sang et le cœur pendant au moins six heures, et peut se faire à domicile chez des patients choisis
- la polysomnographie, qui enregistre en plus le sommeil lui-même, est l'examen de référence ; elle est demandée quand le résultat de la polygraphie ne concorde pas avec les symptômes, ou quand un autre trouble du sommeil est possible
Une mesure de l'oxygène du sang pendant la nuit, à elle seule, ne suffit pas au diagnostic, et un résultat normal n'écarte pas une apnée (SPLF, 2010).
Les traitements
Le traitement dépend de la sévérité (SPLF, 2010) :
- dans une apnée sévère, la pression positive continue est le traitement recommandé en premier : un petit appareil envoie de l'air par un masque pendant la nuit et garde la gorge ouverte. L'orthèse d'avancée mandibulaire, une gouttière qui avance la mâchoire inférieure, vient en second en cas de refus ou d'intolérance
- dans une apnée légère à modérée, la pression positive continue ou l'orthèse d'avancée mandibulaire peuvent être proposées d'emblée ; quand l'apnée survient surtout sur le dos, il est recommandé d'éviter cette position pendant le sommeil, à condition d'en vérifier l'effet
- la chirurgie est réservée à des situations précises
Tant que l'apnée n'est pas traitée, la recommandation française conseille d'éviter l'alcool le soir et certains médicaments, dont les benzodiazépines, souvent prescrites contre l'anxiété ou l'insomnie. Parlez-en à votre médecin avant d'arrêter ou de changer un traitement. En cas de surpoids, des conseils alimentaires font partie de la prise en charge ; la recommandation précise que la perte de poids qu'ils permettent est le plus souvent modérée, et ses effets sur l'apnée variables, souvent modestes (SPLF, 2010).
Des horaires réguliers : ce que dit le consensus de 2023
En 2023, un panel de douze spécialistes du sommeil et des rythmes biologiques réunis par la National Sleep Foundation a passé en revue 63 études, puis voté selon une méthode de consensus. Il conclut que la régularité des heures d'endormissement et de réveil, d'un jour à l'autre, est importante pour la santé et pour les performances. Il ajoute que, quand on dort trop peu les jours travaillés, une à deux heures de sommeil en plus les jours de repos peuvent être bénéfiques (Sletten et al., 2023).
Trois précisions comptent pour lire ce consensus (Sletten et al., 2023) :
- Ce sont surtout des associations. La plupart des études étaient transversales et reposaient sur des données déclarées, ce qui limite les conclusions sur la cause et l'effet. Des horaires irréguliers vont souvent avec une lumière, des repas et une activité eux aussi irréguliers, et l'on ne sait pas lequel de ces facteurs compte.
- Aucun écart chiffré n'est fixé. Le panel juge les preuves insuffisantes pour dire, par un seul chiffre, à partir de quel décalage d'horaires le risque augmente. Une règle comme « se coucher à la même heure à trente minutes près » ne vient pas de ce consensus.
- Il ne concerne pas l'apnée. Le panel a écarté de son analyse les études sur l'apnée du sommeil, l'insomnie et les autres troubles du sommeil. Des horaires réguliers ne traitent pas une apnée.
En pratique, le panel conseille de garder des horaires aussi réguliers que possible. Si vous manquez de sommeil en semaine, dormir une à deux heures de plus les jours de repos, ou faire une sieste quand c'est possible, peut aider, même si cela ne rattrape pas toujours toute la dette. Se lever bien après le lever du soleil prive en revanche de la lumière du matin, qui aide à caler l'horloge interne : le réveil peut devenir plus difficile les jours suivants (Sletten et al., 2023).
En résumé
- Avec un SOPK, l'apnée obstructive du sommeil est plus fréquente, indépendamment de l'IMC (Teede et al., 2023).
- Un ronflement avec des réveils non reposés, de la somnolence ou de la fatigue doit faire consulter, sans attendre en cas de somnolence au volant (Teede et al., 2023 ; SPLF, 2010).
- Un questionnaire aide à repérer ; seul un enregistrement de la respiration pendant la nuit pose le diagnostic (SPLF, 2010).
- Des horaires réguliers sont associés à une meilleure santé, sans écart chiffré établi, et ne remplacent pas le diagnostic d'une apnée (Sletten et al., 2023).
Pour une vue d'ensemble du diagnostic et de la prise en charge du SOPK, voyez notre article Comprendre le SOPK.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous somnolez au volant ou si l'on vous a vue cesser de respirer pendant votre sommeil, parlez-en rapidement à votre médecin.
