Ballonnements, transit qui change d'un jour à l'autre, maux de ventre : beaucoup de femmes avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) parlent de leur digestion. Cet article fait le point sur ce que les études ont réellement mesuré, sur ce que le cycle et les traitements changent à la digestion, et sur ce qui aide d'après les recommandations.
Ce que mesurent les études
La plupart des études sur la digestion et le SOPK cherchent un lien avec le syndrome de l'intestin irritable : des douleurs ou un inconfort du ventre qui reviennent, liés aux selles, avec une constipation, une diarrhée ou une alternance des deux, et souvent des ballonnements.
Une méta-analyse a regroupé cinq études cas-témoins. Elle trouve l'intestin irritable environ deux fois plus fréquent chez les femmes avec un SOPK, et ses auteurs demandent des études plus solides (Wei et al., 2023). Nous n'avons pu lire que son résumé.
Une revue plus récente a repris six études de ce type, soit 793 femmes avec un SOPK et 547 sans. Selon les études, l'intestin irritable touchait de 10 % à 52 % des femmes avec un SOPK, et de 5 % à 50 % des autres. Deux de ces études, qui utilisent les critères de diagnostic les plus récents (dits de Rome IV), ne trouvent aucune différence. Les auteurs concluent que la question d'un lien n'est pas tranchée (Naz et al., 2024).
La plus grande de ces deux études a suivi 133 femmes avec un SOPK et 72 sans, de même âge et de même indice de masse corporelle (IMC) : 24 % contre 21 %, une différence qui n'est pas significative. L'excès d'androgènes et le surpoids n'y changeaient rien. En revanche, les femmes qui avaient à la fois un SOPK et un intestin irritable avaient une moins bonne qualité de vie et plus souvent des symptômes dépressifs (Kałużna et al., 2022).
Ce que l'on peut retenir : les troubles digestifs sont fréquents chez les jeunes femmes en général, avec ou sans SOPK, et l'on ne sait pas si le SOPK favorise l'intestin irritable ou l'inverse (Naz et al., 2024). Les explications avancées (hormones, stress, poids, microbiote) restent des hypothèses, et les auteurs ne savent pas laquelle compte le plus.
Le cycle change la digestion, avec ou sans SOPK
Chez 156 femmes en bonne santé, 73 % disaient avoir au moins un trouble digestif dans les cinq jours qui précèdent leurs règles. Pendant les règles, les plus fréquents étaient les maux de ventre (55 %), les ballonnements (51 %), les douleurs pelviennes (46 %) et la diarrhée (28 %). Ces troubles allaient souvent avec une humeur basse, de l'anxiété ou de la fatigue (Bernstein et al., 2014). L'étude reposait sur les souvenirs des trois derniers cycles, ce qui la rend imprécise.
Une étude qui a suivi jour après jour 78 femmes sous pilule trouve le même moment fort : le premier jour des saignements, les maux de ventre, la diarrhée et les difficultés de digestion étaient plus marqués que tous les autres jours du cycle (Judkins et al., 2020).
Chez les femmes qui ont un intestin irritable, les symptômes s'aggravent souvent avant et pendant les règles. Les hormones du cycle et les prostaglandines, ces substances qui font se contracter l'utérus, sont des pistes, mais les mécanismes ne sont pas établis (Bharadwaj et al., 2015). Les études sur le cycle et la digestion chez les femmes avec un SOPK, dont les cycles sont souvent irréguliers, sont encore plus rares (Naz et al., 2024).
Si vos maux de ventre suivent vos règles et sont intenses, voyez aussi Règles douloureuses : ce qui soulage, et quand s'inquiéter.
Quand un traitement est en cause
La metformine, l'un des traitements possibles du SOPK, peut donner des troubles digestifs. La recommandation internationale les décrit comme le plus souvent légers et passagers, et liés à la dose. Commencer par une faible dose et l'augmenter progressivement, ou prendre une forme à libération prolongée, peut les limiter (Teede et al., 2023). Les médicaments de la famille du GLP-1, eux aussi, se commencent progressivement pour limiter leurs effets digestifs (Teede et al., 2023).
Si un traitement vous gêne, n'arrêtez pas seule : votre médecin peut en adapter la dose ou la forme. Voyez Metformine, GLP-1 : comprendre les traitements dont on vous parle.
Ce qui aide, d'après les recommandations
La recommandation britannique sur l'intestin irritable (NICE, 2017) donne des conseils simples, qui valent la peine d'être essayés avant toute restriction :
- des repas réguliers, pris sans se presser, sans en sauter et sans longs intervalles ;
- boire suffisamment, surtout de l'eau ou des boissons sans caféine, et limiter le thé, le café, l'alcool et les boissons gazeuses ;
- ajuster les fibres avec un soignant, en observant l'effet : souvent en les réduisant, en évitant les fibres insolubles comme le son, et en préférant les fibres solubles comme celles de l'avoine si un apport supplémentaire est conseillé ;
- en cas de diarrhée, éviter le sorbitol, un édulcorant des bonbons et chewing-gums sans sucre ;
- bouger davantage quand on est peu actif, et se réserver des moments de détente.
Si les symptômes persistent malgré ces conseils, un régime plus ciblé peut être proposé : exclusion temporaire d'un aliment, ou régime pauvre en FODMAP (certains sucres qui fermentent dans l'intestin). Il se fait seulement avec un professionnel formé à la diététique (NICE, 2017), car ces régimes sont restrictifs. La recommandation sur le SOPK met justement en garde contre les régimes trop restrictifs et demande de rechercher les troubles alimentaires, quel que soit le poids (Teede et al., 2023). Voyez Fringale ou trouble alimentaire : savoir faire la différence et, pour le sans gluten, Régime SOPK : cétogène, sans gluten, jeûne, que retenir ?.
Selon les symptômes, votre médecin peut aussi proposer un traitement ciblé : un antispasmodique contre les douleurs, un laxatif contre la constipation, un ralentisseur du transit contre la diarrhée. Quand les symptômes durent plus d'un an malgré les traitements, une thérapie psychologique, comme une thérapie cognitive et comportementale ou l'hypnothérapie, peut être envisagée (NICE, 2017).
Ce qu'il faut faire vérifier
Avant de parler d'intestin irritable, le médecin écarte d'autres causes. La recommandation britannique prévoit une prise de sang, avec la recherche d'une maladie cœliaque (NICE, 2017).
Dans l'étude polonaise, près de neuf femmes sur dix qui avaient un SOPK et un intestin irritable signalaient au moins un signe d'alerte, plus souvent que celles qui n'avaient qu'un intestin irritable : ses auteurs insistent sur l'importance d'écarter une autre maladie (Kałużna et al., 2022).
Consultez rapidement en cas de :
- sang dans les selles ;
- perte de poids inexpliquée ;
- changement du transit qui s'installe, ou d'une anémie découverte à une prise de sang ;
- masse que vous sentez dans le ventre (NICE, 2026).
Un ballonnement persistant ou fréquent (plus de douze fois par mois), une sensation d'être vite rassasiée, des douleurs du bas-ventre ou des envies d'uriner plus fréquentes doivent faire faire des examens, surtout à partir de 50 ans. Des symptômes d'intestin irritable qui apparaissent pour la première fois à partir de 50 ans demandent aussi des examens, car cette maladie débute rarement à cet âge (NICE, 2026).
Une douleur du ventre brutale et très forte, des vomissements qui ne s'arrêtent pas ou un malaise : appelez le 15 ou le 112.
Dans l'app Helena
Vous pouvez noter vos troubles dans la rubrique « Digestif » de vos symptômes : « Ballonnements », « Gaz », « Constipation », « Diarrhée », « Douleurs abdominales » et « Reflux », avec leur intensité. Si vous notez souvent le même, l'app peut vous signaler qu'il revient, ou qu'il tombe surtout à une phase de votre cycle quand celles-ci sont affichées, et votre suivi s'exporte en PDF pour votre médecin. Noter vos troubles au fil de vos règles aide à voir ce qui suit le cycle : une revue conseille justement de bien relever l'historique des règles avant de changer un traitement (Bharadwaj et al., 2015).
En résumé
- Les troubles digestifs sont fréquents chez les femmes avec un SOPK, comme chez les autres jeunes femmes.
- Une méta-analyse trouve l'intestin irritable plus fréquent avec un SOPK, mais les deux études qui utilisent les critères les plus récents ne voient pas de différence : le lien n'est pas établi.
- Le cycle change la digestion chez beaucoup de femmes, surtout autour des règles.
- La metformine peut gêner la digestion, en général de façon légère et passagère : on en parle avant d'arrêter.
- Repas réguliers, activité physique et fibres ajustées viennent en premier ; un régime d'exclusion se fait avec un professionnel.
- Sang dans les selles, perte de poids inexpliquée ou ballonnement persistant demandent une consultation rapide.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
