Cétogène, sans gluten, jeûne intermittent : sur les réseaux sociaux comme dans les livres, chaque régime promet de venir à bout du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). La recommandation internationale de 2023, elle, ne prescrit aucun régime SOPK. Elle constate qu'aucune façon de composer ses repas n'a montré d'avantage sur une autre, ni sur le poids, ni sur le métabolisme, ni sur les hormones, la fertilité ou le moral, et elle conseille d'éviter les régimes trop restrictifs. Elle demande aussi aux soignants de mettre en garde contre les fausses informations et d'orienter vers des sources fiables (Teede et al., 2023).
Cet article passe en revue les régimes les plus cités, d'après trois textes : la recommandation internationale, la revue Cochrane sur l'hygiène de vie dans le SOPK (Lim et al., 2019) et les repères du Programme national nutrition santé, mis à jour par Santé publique France (Delamaire et al., 2019). Pour comprendre d'abord pourquoi l'assiette compte dans le SOPK, voyez notre article sur la résistance à l'insuline.
Ce que dit la recommandation internationale
La recommandation internationale sur le SOPK consacre une partie entière à l'alimentation. Ses conclusions tiennent en trois points (Teede et al., 2023) :
- Aucun régime n'a fait ses preuves plus qu'un autre. Aucune composition d'alimentation n'a montré d'avantage sur une autre, que l'on regarde le poids et la silhouette, le métabolisme, les hormones, la fertilité ou le bien-être psychologique. Le niveau de certitude de ce constat est jugé très faible : les études ne permettent de départager aucun régime.
- Toute alimentation saine a des bénéfices. Toute façon de manger conforme aux repères d'une alimentation saine pour la population générale est bonne pour la santé. Les soignants doivent conseiller une alimentation saine que l'on peut tenir dans la durée, adaptée aux goûts et aux objectifs de chacune.
- Les régimes trop restrictifs sont à éviter. Les changements se construisent avec vous, avec souplesse, en évitant les régimes trop restrictifs ou déséquilibrés, comme pour la population générale.
La recommandation ajoute qu'une hygiène de vie saine a des bénéfices même sans perte de poids, et qu'elle reste la base de la prise en charge tout au long de la vie. Sa synthèse le dit en une phrase : beaucoup de façons de manger et de bouger ont des bénéfices, mais aucune n'en a plus que les autres dans le SOPK (Teede et al., 2023).
Ce que mesure la revue Cochrane
En 2019, une revue Cochrane a rassemblé les essais qui comparaient un changement d'hygiène de vie (activité physique, alimentation, accompagnement du comportement, seuls ou associés) à une prise en charge minimale ou à aucune intervention, chez des femmes avec un SOPK : 15 essais, 498 participantes. Dix testaient l'activité physique, cinq associaient alimentation, activité physique et accompagnement, une seule testait l'accompagnement seul (Lim et al., 2019).
Ses résultats sont prudents. Changer d'hygiène de vie pourrait, chez certaines femmes, faire baisser le poids, l'indice de masse corporelle (IMC) et l'index d'androgènes libres, un reflet des androgènes dans le sang, avec des preuves de faible qualité. L'effet sur la tolérance au glucose reste incertain. Aucun essai n'a mesuré les naissances, les fausses couches ni la régularité des cycles (Lim et al., 2019).
Cette revue ne compare pas les régimes entre eux : elle ne dit donc pas qu'un régime fait mieux qu'un autre. Elle montre surtout que même l'hygiène de vie dans son ensemble a des effets encore incertains, mesurés dans des essais pour la plupart de faible qualité.
Le régime cétogène
Le régime cétogène réduit les glucides au strict minimum : les féculents (pain, pâtes, riz, pommes de terre), les fruits, les légumes secs et le sucre en disparaissent presque, au profit des graisses. Privé de glucides, l'organisme fabrique des corps cétoniques, d'où son nom.
La recommandation internationale ne le cite pas. Son constat vaut pour toutes les façons de composer ses repas : aucune n'a montré d'avantage sur une autre dans le SOPK (Teede et al., 2023). Le cétogène va aussi à rebours des repères français, qui conseillent au moins cinq fruits et légumes par jour, des légumes secs au moins deux fois par semaine et au moins un féculent complet par jour, notamment pour leurs fibres (Delamaire et al., 2019).
En France, l'Anses a évalué les risques des régimes amaigrissants les plus populaires. Ceux qui sont pauvres en glucides s'accompagnent souvent de troubles digestifs passagers, en particulier d'une constipation liée au manque de fibres (Anses, 2011).
Si vous voulez revoir vos féculents sans suivre de régime, les repères proposent une piste simple : choisir plus souvent des féculents complets, bien plus riches en fibres que les produits raffinés (Delamaire et al., 2019).
Le régime sans gluten
Le gluten est un ensemble de protéines du blé, de l'orge et du seigle. Le régime sans gluten, à vie, est le traitement de la maladie cœliaque, une maladie auto-immune dans laquelle le gluten déclenche une réaction anormale de l'intestin grêle (NICE, 2015).
Sans maladie cœliaque, son intérêt dans le SOPK n'est pas démontré. La recommandation internationale ne le cite pas, et son constat s'applique à lui comme aux autres régimes : aucun n'a montré d'avantage (Teede et al., 2023).
En cas de doute sur une maladie cœliaque, parlez-en à votre médecin avant de changer quoi que ce soit. La recommandation britannique conseille de la rechercher par une prise de sang dans ces situations (NICE, 2015) :
- troubles digestifs persistants et inexpliqués, ou syndrome de l'intestin irritable
- fatigue qui dure
- perte de poids inattendue
- aphtes sévères ou qui persistent
- manque inexpliqué de fer, de vitamine B12 ou de folates
- diabète de type 1 ou maladie auto-immune de la thyroïde, au moment de leur diagnostic
- maladie cœliaque chez un parent proche : père, mère, frère, sœur ou enfant
Elle propose aussi d'y penser en cas d'infertilité inexpliquée ou de fausses couches à répétition. Surtout, n'arrêtez pas le gluten avant le test : les examens ne sont fiables que si vous continuez à en manger pendant toute la démarche, et le régime sans gluten ne commence qu'une fois le diagnostic confirmé par un spécialiste. Si vous l'avez déjà arrêté, dites-le à votre médecin : le diagnostic peut alors être plus difficile à confirmer (NICE, 2015).
Le jeûne intermittent
Le jeûne intermittent consiste à ne manger que pendant une plage horaire réduite de la journée, ou à manger très peu certains jours. La recommandation internationale ne le cite pas davantage, et sa synthèse est générale : aucun régime n'a d'avantage sur les autres dans le SOPK (Teede et al., 2023).
Sauter des repas ou manger dans une fenêtre étroite reste une restriction. La recommandation demande d'éviter les régimes trop restrictifs (Teede et al., 2023). L'Anses n'a pas évalué le jeûne, mais ses conclusions sur les régimes amaigrissants en général sont nettes : en suivre un n'est pas un acte anodin, et se restreindre pour peser moins que son poids spontané perturbe le comportement alimentaire et augmente le risque de reprendre du poids. Chez les femmes très sportives, une restriction trop forte peut aussi dérégler les hormones et les cycles (Anses, 2011).
Si vos règles s'espacent ou disparaissent alors que vous mangez peu ou faites beaucoup de sport, parlez-en à votre médecin.
Le vrai risque des régimes stricts : les troubles alimentaires
La recommandation internationale demande de penser aux troubles du comportement alimentaire chez toutes les femmes avec un SOPK, quel que soit leur poids, en particulier quand il est question de perdre du poids ou de changer d'hygiène de vie (Teede et al., 2023).
L'Anses relevait déjà que les régimes amaigrissants exposent à des troubles du comportement alimentaire, et que leurs échecs à répétition entraînent souvent une perte de l'estime de soi et une dépression. Sans excès de poids, elle les qualifie de pratiques à risque (Anses, 2011).
Si votre rapport à la nourriture vous inquiète, ou si un régime a pris trop de place dans votre vie, parlez-en à votre médecin. La recommandation prévoit une évaluation par un professionnel formé, puis un accompagnement adapté, par exemple une thérapie cognitivo-comportementale (Teede et al., 2023).
Ce qui tient dans la durée
Puisque aucun régime ne fait mieux, la recommandation mise sur une alimentation saine que vous pouvez garder : adaptée à vos goûts, à vos moyens et à votre vie, construite avec vous plutôt qu'imposée. Elle invite les soignants à parler de ce qui vous freine ou vous aide, et à vous orienter vers un diététicien ou une diététicienne si vous avez besoin d'aide (Teede et al., 2023).
En France, les repères du PNNS décrivent cette alimentation saine. Ils disent surtout ce qu'il vaut la peine d'ajouter (Delamaire et al., 2019) :
- au moins cinq fruits et légumes par jour, frais, surgelés ou en conserve
- une petite poignée de fruits à coque non salés par jour
- des légumes secs (lentilles, haricots, pois chiches) au moins deux fois par semaine
- au moins un féculent complet par jour, comme du pain, des pâtes ou du riz complets
- du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras
- des huiles de colza, de noix ou d'olive pour les matières grasses ajoutées
Leur premier conseil va à l'opposé des régimes stricts : prendre plaisir à manger, en variant et en prenant le temps de déguster (Delamaire et al., 2019). C'est le parti pris de notre programme SOPK de 12 semaines : pas de régime, une règle d'assiette à la fois.
L'activité physique compte aussi. La recommandation reprend les repères de la population générale, sans type d'exercice supérieur aux autres (Teede et al., 2023). Notre article Sport et SOPK les détaille.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Avant de changer d'alimentation, en particulier avec un diabète, une autre maladie chronique ou un traitement, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien.
