Inositol, vitamine D, oméga-3, zinc, chrome, magnésium, N-acétylcystéine (NAC) : avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), on entend vite parler de compléments. Beaucoup de femmes en prennent. Dans une enquête australienne citée par des chercheurs en nutrition, sept femmes avec un SOPK sur dix avaient eu recours à des médecines complémentaires dans l'année (Alesi et al., 2022).
Cet article ne conseille aucun complément et ne donne aucune dose : il dit ce que les essais ont mesuré, ce qu'ils valent, ce que retient la recommandation internationale, et comment en parler avec un professionnel de santé.
Ce que trouvent les méta-analyses
En 2022, une équipe de l'université Monash, en Australie, dont la chercheuse qui a ensuite codirigé les synthèses de preuves de la recommandation internationale, a passé en revue les essais et méta-analyses sur les vitamines (D, B12, folates, E, K), l'inositol, les minéraux (calcium, zinc, sélénium, chrome, magnésium), les oméga-3, les probiotiques, la cannelle, la NAC ou la mélatonine. Sa conclusion : certains pourraient être utiles, mais les résultats sont incohérents, rares ou de faible qualité, et les preuves ne sont pas assez solides pour justifier ces compléments en pratique courante (Alesi et al., 2022).
En 2025, une méta-analyse en réseau a comparé les compléments entre eux, à partir de 79 essais et 5 501 participantes. Pour certains, comme le chrome, l'inositol ou les oméga-3, elle trouve des changements de quelques marqueurs sanguins : graisses du sang ou indice de résistance à l'insuline. Mais elle ne trouve aucune différence avec un placebo sur la testostérone, la SHBG (la protéine qui transporte les hormones sexuelles), la DHEA ou la CRP (Zhao et al., 2025).
Un point est souvent oublié : les essais retenus en 2025 portent sur des prises de sang et l'indice de masse corporelle. La méta-analyse n'a analysé ni les cycles, ni la pilosité, ni l'acné, ni la grossesse, et elle excluait les femmes qui cherchaient à concevoir (Zhao et al., 2025). Un marqueur qui bouge sur huit ou douze semaines ne dit pas qu'un symptôme s'améliore. Et ces marqueurs sont parfois des indices calculés, comme le HOMA-IR : la revue de 2022 demande que les prochains essais utilisent plutôt les mesures de référence (Alesi et al., 2022).
Pourquoi les preuves restent fragiles
Les chercheurs eux-mêmes listent les limites de ces travaux.
- Des essais petits et courts. Parmi les 45 études et revues réunies en 2022, 19 comptaient moins de 100 participantes (Alesi et al., 2022). Dans la méta-analyse de 2025, la plupart des essais duraient huit ou douze semaines (Zhao et al., 2025).
- Des produits qui ne se comparent pas. Formes, doses, durées et comparateurs varient d'un essai à l'autre, et plusieurs nutriments sont souvent donnés ensemble, ce qui empêche de savoir lequel agit (Alesi et al., 2022).
- Des facteurs mal contrôlés. Pour la vitamine D, par exemple, l'exposition au soleil est rarement prise en compte : le groupe placebo en fabrique aussi (Alesi et al., 2022).
- Une seule équipe. Les auteurs de la méta-analyse de 2025 précisent que les essais retenus viennent presque tous d'une même équipe, en Iran, et qu'ils n'ont pas pu analyser la sécurité de ces compléments, faute de données (Zhao et al., 2025). Quand presque tous les résultats viennent d'un seul groupe, ils n'ont pas été confirmés de façon indépendante.
- Des doutes sur l'intégrité de certaines études. Pour sa recommandation de 2023, l'équipe internationale a vérifié la fiabilité des essais avant de les utiliser (Teede et al., 2023). Dans la partie fertilité, où cette vérification a d'abord été mise en œuvre, 45 des 101 études repérées n'ont pas pu être retenues en raison de doutes sur leur intégrité (Mousa et al., 2024).
Ce que retient la recommandation internationale de 2023
Parmi les compléments vendus pour le SOPK, la recommandation de 2023 n'examine que l'inositol (Teede et al., 2023) :
- il peut être envisagé selon vos préférences et vos valeurs : il fait peu de tort et pourrait améliorer certains marqueurs métaboliques, mais ses bénéfices cliniques restent limités, y compris sur l'ovulation, la pilosité ou le poids ;
- pour la pilosité et la graisse abdominale, la metformine lui est préférée, même si elle a plus d'effets digestifs ;
- aucun type, aucune dose et aucune association d'inositol ne peut être recommandé, faute de preuves de qualité ;
- pour la fertilité, il reste une thérapie expérimentale, et ses effets indésirables comme sa sécurité ne sont pas connus ;
- les femmes qui prennent de l'inositol ou d'autres compléments sont encouragées à le dire à leur professionnel de santé.
Elle ne recommande aucun autre complément pour le SOPK. Seule exception, la préparation d'une grossesse : comme pour toutes les femmes, l'acide folique fait partie des points à préparer, et les vitamines prénatales accompagnent un traitement pour l'ovulation (Teede et al., 2023). Voyez Un projet de bébé avec un SOPK : ce qui se prépare avant. Pour les oméga-3 dans leur ensemble, voyez Oméga-3 et santé hormonale : ce que montrent les études, et leurs limites.
Un complément n'est pas un médicament
Dans l'Union européenne, un complément alimentaire est juridiquement un aliment : une source concentrée de nutriments ou d'autres substances, vendue en doses. C'est le fabricant ou le distributeur qui répond de sa sécurité ; les États peuvent demander à être informés de sa mise sur le marché, puis le surveiller. Il n'existe pas encore de teneurs maximales communes aux pays de l'Union pour les vitamines et les minéraux. Enfin, ni sa présentation ni la publicité ne peuvent lui prêter le pouvoir de prévenir, traiter ou guérir une maladie (EFSA, 2026).
La recommandation sur le SOPK le dit à sa façon : le statut réglementaire et le contrôle de la qualité des compléments diffèrent de ceux des médicaments, et leurs doses et leur qualité peuvent varier d'un produit à l'autre (Teede et al., 2023).
En France, l'Anses recueille les effets indésirables des compléments alimentaires : c'est la nutrivigilance. Ces effets vont de la simple démangeaison à des atteintes graves, comme une pancréatite ou des troubles cardiaques. Un professionnel de santé peut les déclarer, et vous aussi, en ligne, même si l'Anses conseille de passer par un professionnel (Anses, 2026). L'agence recommande aussi de demander conseil à un professionnel de santé, d'éviter les prises prolongées, répétées ou multiples, de respecter les conditions d'emploi et de se méfier des produits présentés comme miraculeux (Anses, 2022).
Interactions : ce qu'on sait, et ce qu'on ignore
Un complément peut interagir avec un traitement. Dans le SOPK, certains pourraient renforcer l'effet de la metformine sur la glycémie ; pour le reste, ces interactions ont très peu été étudiées (Alesi et al., 2022). Voyez Metformine, GLP-1 : comprendre les traitements dont on vous parle.
Un complément peut aussi modifier un résultat d'analyse. Avant un dosage de la CRP, par exemple, il est conseillé de signaler les compléments et médicaments que l'on prend (MedlinePlus, 2025).
Si vous préparez une grossesse ou êtes enceinte, parlez-en avant de prendre quoi que ce soit : pour l'inositol, la recommandation rappelle que sa sécurité n'est pas connue (Teede et al., 2023).
En parler avec votre médecin ou votre pharmacienne
La recommandation demande aux soignants de vous donner une information fiable et indépendante, et de respecter vos préférences, y compris pour les thérapies complémentaires (Teede et al., 2023). Pour que la conversation soit utile, vous pouvez venir avec :
- le nom exact de ce que vous prenez ou envisagez de prendre, depuis quand, et pourquoi ;
- vos autres traitements, contraception comprise ;
- un éventuel projet de grossesse ;
- vos questions : qu'est-ce que les essais ont mesuré pour ce produit ? Y a-t-il une interaction avec mes traitements ? Comment saurai-je si ça ne sert à rien ?
Si vous pensez manquer de quelque chose, vitamine D, fer ou vitamine B12, c'est une prise de sang et l'avis de votre médecin qui le diront. Voyez Fatigue : les carences à faire vérifier.
Dans l'application Helena, vous pouvez ajouter ce que vous prenez dans « Mes traitements ». Le rapport pour votre médecin (Paramètres, « Exporter mon mois en PDF ») le reprend dans sa partie « Traitements & compléments ». L'application ne vous propose aucune dose : la dose et la durée se décident avec votre médecin ou votre pharmacienne.
En résumé
- Beaucoup de compléments ont été testés dans le SOPK, surtout sur des prises de sang, rarement sur ce que vous vivez au quotidien.
- Les essais sont souvent petits, courts, venus de peu d'équipes, et certains posent des questions d'intégrité.
- La recommandation internationale de 2023 n'examine que l'inositol, aux bénéfices limités, sans type ni dose recommandés ; hors préparation d'une grossesse, elle ne recommande aucun complément.
- Un complément est un aliment, pas un médicament : sa qualité peut varier, et il peut interagir avec un traitement.
- Parlez-en à votre médecin ou votre pharmacienne avant de commencer, et signalez ce que vous prenez.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
