Avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une grossesse est souvent possible, naturellement ou avec une aide médicale : c'est l'un des principes que pose la recommandation internationale de 2023 en tête de son chapitre sur la fertilité (Teede et al., 2023). La même recommandation rappelle que les grossesses sont plus à risque avec un SOPK, et qu'une partie de ce risque se prépare avant d'essayer.
Cet article fait le point sur ce qui se prépare, d'après trois textes de référence : la recommandation internationale sur le SOPK, le document de la Haute Autorité de santé sur le projet de grossesse (HAS, 2009) et la recommandation britannique sur la fertilité, refondue en 2026 (NICE, 2026). Pour les bases du syndrome, voyez notre article Comprendre le SOPK.
Pourquoi préparer une grossesse avec un SOPK
Par rapport aux autres femmes enceintes, celles qui ont un SOPK ont un risque plus élevé de (Teede et al., 2023) :
- diabète gestationnel
- hypertension pendant la grossesse et prééclampsie
- fausse couche
- accouchement prématuré et césarienne
- retard de croissance du bébé et petit poids de naissance
- prise de poids plus importante pendant la grossesse
Ces risques expliquent les deux examens propres au SOPK décrits plus bas, en plus de la préparation que toute grossesse mérite.
Une consultation avant d'essayer
En France, la HAS recommande de proposer à toute femme ou tout couple qui a un projet de grossesse une consultation dite préconceptionnelle. Un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme peut la mener, par exemple quand vous envisagez d'arrêter votre contraception (HAS, 2009). On y fait le point sur :
- vos antécédents médicaux, gynécologiques et familiaux, et ceux d'éventuelles grossesses précédentes
- votre tension, votre poids et votre taille, avec un examen gynécologique et le dépistage du cancer du col s'il n'est pas à jour
- votre groupe sanguin et vos sérologies de la toxoplasmose et de la rubéole, avec la proposition d'un dépistage du VIH et, selon les situations, d'autres infections
- vos vaccins : la rubéole et la varicelle se vaccinent avant la grossesse, avec un délai à respecter avant de concevoir
- votre mode de vie : alimentation, activité physique, tabac, alcool, autres substances, conditions de travail
Pour le SOPK, la recommandation internationale ajoute le sommeil et la santé mentale, émotionnelle et sexuelle. Elle demande aussi que les maladies chroniques, comme le diabète, l'hypertension, l'anxiété ou la dépression, soient bien prises en charge avant la grossesse (Teede et al., 2023).
L'acide folique, dès que le projet se dessine
L'acide folique, une vitamine du groupe B prise en complément, réduit le risque d'anomalies de fermeture du tube neural, comme le spina bifida. La HAS recommande de le prescrire dès qu'une femme a un souhait de grossesse, lors de la consultation préconceptionnelle, et de le poursuivre jusqu'à la 12e semaine d'aménorrhée, à la dose de 400 microgrammes (µg) par jour (HAS, 2009). La recommandation internationale le compte aussi parmi les points à préparer avec un SOPK (Teede et al., 2023).
Cette dose de référence n'est pas celle de toutes. La HAS prévoit une dose plus élevée en cas d'antécédent de spina bifida, de diabète ou de traitement contre l'épilepsie, et la recommandation internationale au-delà d'un indice de masse corporelle (IMC) de 30 (HAS, 2009 ; Teede et al., 2023). Votre médecin ou votre sage-femme fixe avec vous la dose et la durée qui vous conviennent.
Deux examens propres au SOPK : glycémie et tension
La glycémie
Avec un SOPK, le risque de trouble de la glycémie et de diabète de type 2 est plus élevé, quels que soient l'âge et le poids. Quand vous préparez une grossesse ou un traitement de l'infertilité, la recommandation internationale conseille de vous proposer une hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : une prise de sang à jeun, puis une autre deux heures après avoir bu une boisson sucrée. C'est le test le plus fiable, plus que la glycémie à jeun ou l'hémoglobine glyquée. S'il n'a pas été fait avant, il est proposé à la première consultation de grossesse, puis refait entre la 24e et la 28e semaine (Teede et al., 2023).
La tension
Avec un SOPK, la tension artérielle se mesure chaque année, et aussi au moment de préparer une grossesse ou un traitement de l'infertilité, parce que l'hypertension et la prééclampsie sont plus fréquentes pendant la grossesse (Teede et al., 2023). Elle fait aussi partie de l'examen préconceptionnel que décrit la HAS (HAS, 2009).
Vos traitements, avant d'arrêter la contraception
Certains traitements utilisés dans le SOPK ne se prennent pas pendant une grossesse. Les antiandrogènes, prescrits contre la pilosité, peuvent gêner le développement des organes génitaux d'un fœtus masculin : ils se prescrivent avec une contraception efficace. Les analogues du GLP-1, prescrits contre le surpoids, demandent eux aussi une contraception, faute de données sur leur sécurité pendant la grossesse (Teede et al., 2023).
Après une chirurgie de l'obésité, la fertilité peut revenir vite. La recommandation conseille de garder une contraception jusqu'à ce que le poids soit stable, en général après un an, pour limiter les complications de la grossesse et les risques pour le bébé (Teede et al., 2023).
Plus largement, la HAS demande d'évaluer avec soin chaque médicament chez une femme qui souhaite une grossesse, d'anticiper avec le spécialiste les ajustements d'un traitement au long cours, et déconseille l'automédication dès qu'un projet de grossesse existe (HAS, 2009). Le NICE invite aussi les soignants à faire le point sur les médicaments sur ordonnance ou en vente libre (NICE, 2026). N'arrêtez et ne changez rien seule : ces décisions se prennent avec votre médecin, avant d'arrêter la contraception.
Tabac, alcool et mode de vie
- Le tabac réduit probablement la fertilité, et le tabagisme passif diminue probablement aussi les chances de concevoir (NICE, 2026). Il nuit au développement de l'enfant pendant la grossesse : la HAS conseille d'arrêter avant, avec une aide au sevrage si besoin (HAS, 2009).
- L'alcool : limiter sa consommation réduit le risque pour le fœtus, et le plus sûr est de ne pas en boire du tout quand vous essayez d'avoir un enfant (NICE, 2026). La HAS demande d'arrêter dès le début de la grossesse (HAS, 2009).
- Le café et le thé : le NICE ne trouve pas de lien constant entre les boissons caféinées et les problèmes de fertilité (NICE, 2026).
- Le cannabis et les autres substances : la HAS propose de les repérer et d'aider au sevrage si besoin (HAS, 2009).
- Le travail : certains métiers exposent à des produits qui peuvent nuire à la fertilité ou à la grossesse, le médecin du travail peut vous renseigner (HAS, 2009 ; NICE, 2026).
Et l'alimentation ?
Aucune composition d'alimentation n'a montré d'avantage sur une autre dans le SOPK, y compris pour la fertilité. La recommandation internationale conseille une alimentation saine, adaptée à vos goûts, en évitant les régimes trop restrictifs (Teede et al., 2023). La HAS conseille une alimentation variée et équilibrée, avec une activité physique régulière, et des précautions contre la listériose et, si vous n'êtes pas immunisée, la toxoplasmose quand la grossesse est prévue à court terme (HAS, 2009).
Les compléments vendus pour la fertilité ne changent pas ce constat. Pour la recommandation internationale, l'inositol reste une thérapie expérimentale dans l'infertilité du SOPK, aux bénéfices et aux risques trop incertains (Teede et al., 2023). Le NICE rappelle que l'efficacité des thérapies complémentaires contre l'infertilité n'a pas été correctement évaluée (NICE, 2026).
Le poids, enfin, ne s'aborde qu'avec votre accord : la recommandation demande aux soignants de vous le demander avant d'en parler, en évitant toute stigmatisation (Teede et al., 2023). Le NICE indique qu'avec un IMC de 30 ou plus, concevoir prend probablement plus de temps et que, si l'ovulation manque, perdre du poids augmente probablement les chances. À l'inverse, avec un IMC inférieur à 18,5 et des règles irrégulières ou absentes, reprendre du poids les augmente probablement (NICE, 2026).
Quand consulter sans attendre un an
Dans la population générale, plus de huit couples sur dix obtiennent une grossesse dans l'année, quand la femme a moins de 40 ans et que les rapports sont réguliers, sans contraception. Des rapports tous les deux à trois jours optimisent les chances. D'où le repère habituel : sans grossesse après un an d'essais, et sans cause connue, un bilan est proposé aux deux partenaires (NICE, 2026).
Le NICE recommande en revanche d'orienter vers un spécialiste dès la première consultation, sans attendre un an, dans deux cas : quand la femme a 36 ans ou plus, ou quand une cause d'infertilité est connue ou suspectée chez l'un des partenaires. Des règles irrégulières ou absentes en font partie, comme une endométriose ou des douleurs pelviennes importantes (NICE, 2026).
Avec un SOPK et des cycles irréguliers, vous êtes donc dans ce cas : parlez-en dès le début du projet. Si vos cycles sont réguliers, signalez quand même votre SOPK, car un trouble de l'ovulation reste possible avec des cycles réguliers (Teede et al., 2023).
Si l'ovulation ne vient pas
Quand l'absence d'ovulation empêche la grossesse, des traitements existent pour la déclencher, et d'autres options si besoin. La recommandation internationale les ordonne dans un parcours qui tient compte de votre âge et des autres causes possibles d'infertilité (Teede et al., 2023). Ces traitements se prescrivent et se surveillent médicalement : leur choix se fait avec votre médecin et, selon les cas, avec un centre spécialisé en fertilité.
Pendant la grossesse
Signalez votre SOPK dès la première consultation de grossesse. La recommandation demande que les équipes le sachent, pour adapter la surveillance et l'accompagnement, et qu'un accompagnement sur le mode de vie vous soit proposé tôt (Teede et al., 2023).
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Pour préparer une grossesse, parlez-en à votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme.
