Avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), la pilule est souvent le premier traitement proposé, quand il n'y a pas de projet de grossesse. Elle rend de vrais services, mais elle ne soigne pas tout, et elle cache certaines choses tant qu'on la prend. Cet article explique ce qu'elle fait et ce qu'elle ne fait pas. Il ne conseille aucune méthode : une contraception se choisit avec votre médecin, selon votre santé et ce que vous souhaitez.
Il parle de la pilule œstroprogestative, qui associe un œstrogène et un progestatif, celle que les recommandations sur le SOPK proposent.
Ce que la pilule traite
- Les saignements irréguliers. Elle rend les saignements réguliers. La recommandation internationale de 2023 la propose, chez l'adulte sans projet de grossesse, pour les cycles irréguliers et la pilosité excessive (Teede et al., 2023).
- La muqueuse de l'utérus. Avec un SOPK, des cycles très espacés exposent la muqueuse de l'utérus à s'épaissir. Le progestatif de la pilule l'empêche de trop s'épaissir (FSRH, 2019), et la pilule est associée à un risque plus faible de cancer de l'endomètre dans la population générale (Oguz et Yildiz, 2021).
- L'acné et la pilosité. Elle diminue l'effet des androgènes. Pour la pilosité, il faut au moins six mois avant de juger son effet (Oguz et Yildiz, 2021). Voyez Acné et pilosité.
Aucune pilule n'a montré d'avantage particulier dans le SOPK : le choix suit les recommandations générales sur la contraception (Teede et al., 2023 ; FSRH, 2019).
Ce qu'elle ne fait pas
- Elle ne rétablit pas l'ovulation : elle la bloque. C'est son mécanisme principal (FSRH, 2019). Elle n'est donc pas un traitement de la fertilité. Si vous avez un projet de bébé, voyez Un projet de bébé avec un SOPK.
- Elle ne traite pas la résistance à l'insuline. Deux méta-analyses chez des femmes avec un SOPK ne trouvent pas de changement de la glycémie ni de l'insuline à jeun après jusqu'à un an de pilule, avec des résultats très variables d'une étude à l'autre (Oguz et Yildiz, 2021).
Ce qu'elle masque
Le saignement de la semaine d'arrêt n'est pas de vraies règles. C'est un saignement de privation, provoqué par l'arrêt des hormones, qui ne correspond pas à un cycle naturel et n'a pas de bénéfice pour la santé : une femme sous pilule n'a pas besoin d'un saignement chaque mois pour être en bonne santé (FSRH, 2019). Tant que vous prenez la pilule, vos cycles naturels ne se voient donc pas.
Les dosages hormonaux sont faussés. La pilule fait monter la protéine qui transporte les hormones sexuelles et baisser la production d'androgènes par les ovaires : on ne peut pas mesurer de façon fiable un excès d'androgènes sous pilule. Quand ce dosage est indispensable, la recommandation prévoit d'arrêter la pilule au moins trois mois, avec une autre contraception pendant ce temps (Teede et al., 2023). L'hormone antimüllérienne (AMH), parfois utilisée pour le diagnostic, peut aussi être abaissée par une pilule en cours ou récente (Teede et al., 2023).
C'est pourquoi un SOPK peut passer inaperçu tant que l'on prend la pilule.
Ses risques
La thrombose veineuse. La pilule augmente le risque de caillot dans les veines. Ce risque est le plus élevé dans les mois qui suivent le début de la pilule, ou sa reprise après une pause d'au moins un mois ; c'est pourquoi la recommandation britannique déconseille de l'arrêter et de la reprendre à répétition (FSRH, 2019). Le risque absolu reste faible chez une femme jeune en bonne santé, avec ou sans SOPK (Oguz et Yildiz, 2021).
Les pilules dites de troisième et de quatrième génération exposent à un risque de thrombose plus élevé que celles au lévonorgestrel et ne sont pas proposées en première intention en France (HAS, 2019).
Ce qui compte dans le choix. La HAS cite comme facteurs de risque à prendre en compte : des antécédents personnels ou familiaux de thrombose, une immobilisation prolongée, l'obésité, un âge de plus de 35 ans, l'hypertension, le diabète, un excès de graisses dans le sang, le tabac et la migraine. Avant 35 ans, la pilule est contre-indiquée en cas de migraine avec aura ; après 35 ans, chez une fumeuse ou en cas de migraine (HAS, 2019). Avec un SOPK, le poids et les facteurs de risque cardiovasculaire sont à discuter avant de la prescrire (Teede et al., 2023), et la tension se mesure avant de commencer (Oguz et Yildiz, 2021).
Le SOPK lui-même semble augmenter un peu le risque de thrombose. On ne sait pas si la pilule l'augmente davantage chez une femme avec un SOPK que chez les autres (Oguz et Yildiz, 2021).
Les signes qui doivent faire consulter en urgence sous pilule : une douleur, un gonflement ou une rougeur d'un mollet ; une douleur dans la poitrine, un essoufflement ou du sang en toussant (FSRH, 2019).
À l'arrêt
La fertilité revient vite. La plupart des femmes ovulent de nouveau dans le mois qui suit l'arrêt, et la pilule ne réduit pas la fertilité à long terme. Un petit retard de conception est possible les premiers mois, sans différence au bout d'un à deux ans (FSRH, 2019).
Ce sont vos cycles naturels qui reviennent. Le saignement sous pilule ne disait rien d'eux : à l'arrêt, vous retrouvez vos cycles tels qu'ils sont, réguliers ou non. Si vos cycles étaient irréguliers avant la pilule, ils peuvent l'être de nouveau. Notre calcul du cycle irrégulier aide à lire les premiers cycles.
Quand consulter. Une absence de règles se bilante après trois mois si vos cycles étaient réguliers avant, après six mois s'ils ne l'étaient pas. La première étape est toujours un test de grossesse (ASRM, 2024).
Si vous voulez savoir si vous avez un SOPK, l'arrêt de la pilule est le moment où le diagnostic devient possible : vos cycles se voient, et les androgènes se dosent de façon fiable au moins trois mois après l'arrêt (Teede et al., 2023). Voyez Comprendre le SOPK.
Helena n'est pas une contraception
Helena aide à suivre un cycle, pas à l'éviter. Quand vous indiquez une contraception hormonale, l'app masque les phases et les prédictions, puisque vos saignements ne reflètent plus un cycle naturel ; vous pouvez toujours noter vos saignements et vos symptômes.
Les méthodes fondées sur l'observation du cycle conviennent mal aux cycles irréguliers (HAS, 2019). Une application de contraception évaluée par le NICE est jugée peu adaptée aux cycles très irréguliers (NICE, 2021), ce qui est fréquent avec un SOPK.
En résumé
- La pilule régule les saignements, protège la muqueuse de l'utérus et agit sur l'acné et la pilosité.
- Elle bloque l'ovulation, ne traite pas la résistance à l'insuline et n'est pas un traitement de la fertilité.
- Son saignement n'est pas de vraies règles, et elle fausse les dosages d'androgènes et d'AMH.
- Son principal risque est la thrombose, surtout au début : vos antécédents comptent dans le choix.
- À l'arrêt, la fertilité revient vite, et vos cycles naturels réapparaissent, réguliers ou non.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Le choix d'une contraception se fait avec votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme.
