Avant les règles, l'humeur bouge souvent : un peu plus de fatigue, un peu moins de patience. Pour certaines femmes, ces jours-là deviennent difficiles à traverser, au point de peser sur le travail, les études ou les relations. Ce n'est ni un trait de caractère ni une faiblesse : deux troubles décrits par la médecine, le syndrome prémenstruel (SPM) et le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), y correspondent, et des prises en charge existent.
Cet article s'appuie sur la recommandation britannique sur le SPM (RCOG, 2017), sur les consensus de la société internationale des troubles prémenstruels, l'ISPMD (O'Brien et al., 2011 ; Nevatte et al., 2013), et sur les revues les plus récentes.
SPM, TDPM : de quoi parle-t-on ?
Le SPM ne se reconnaît pas à la nature de ses symptômes, mais à leur moment et à leur poids : ils reviennent avant les règles, s'effacent avec elles, et gênent la vie quotidienne (RCOG, 2017). Pour parler de trouble, il faut une gêne réelle dans le quotidien, au travail, dans les études ou les relations, ou une détresse importante, et une vraie semaine sans symptôme entre la fin des règles et l'ovulation, dans la plupart des cycles (O'Brien et al., 2011).
Le TDPM en est la forme sévère, centrée sur l'humeur (RCOG, 2017 ; O'Brien et al., 2011). Il est classé parmi les troubles dépressifs depuis 2013 (Miller et Carlson, 2026).
Ne pas remplir tous les critères du TDPM ne veut pas dire ne pas souffrir : des femmes très gênées par un petit nombre de symptômes méritent elles aussi d'être soignées (RCOG, 2017).
Les critères du TDPM, en clair
Les critères du manuel de psychiatrie américain, le DSM, se résument ainsi (Miller et Carlson, 2026) :
- le moment : dans la plupart des cycles de l'année écoulée, les symptômes sont présents la semaine qui précède les règles, commencent à s'améliorer dans les jours qui suivent leur début, et deviennent minimes ou absents la semaine d'après ;
- le nombre : au moins cinq symptômes, dont au moins un touche l'humeur : sautes d'humeur marquées ou sensibilité au rejet, irritabilité ou colère marquées, humeur très triste ou sentiment de désespoir, anxiété ou tension marquées ;
- les autres symptômes possibles : perte d'intérêt pour les activités habituelles, difficultés de concentration, fatigue, changements d'appétit ou envies alimentaires, sommeil perturbé, sentiment d'être débordée, et des signes physiques comme des seins sensibles, des douleurs ou un ballonnement ;
- le retentissement : une détresse importante ou une gêne dans la vie quotidienne ;
- la confirmation : un relevé quotidien sur au moins deux cycles, et l'absence d'autre cause, comme un médicament ou une maladie de la thyroïde.
Pourquoi noter ses symptômes chaque jour
Le souvenir après coup n'est pas fiable : la recommandation britannique demande de noter ses symptômes au jour le jour, sur deux cycles, avant tout traitement, qui pourrait brouiller le relevé (RCOG, 2017). Si un seul des deux cycles est parlant, on en note un troisième (Nevatte et al., 2013).
Aucune prise de sang ni aucun examen ne pose ce diagnostic : le relevé quotidien reste la seule méthode fiable (O'Brien et al., 2011). Il change d'ailleurs beaucoup les chiffres : dans les études qui s'en passent, le TDPM paraît plus de deux fois plus fréquent qu'avec un relevé (Reilly et al., 2024).
Le relevé sert surtout à trier. Des symptômes qui disparaissent après les règles, suivis d'une semaine sans symptôme, orientent vers un trouble prémenstruel ; des symptômes présents tout le mois orientent vers une autre cause (RCOG, 2017). Notez aussi les jours sans rien : c'est cette semaine calme qui fait le diagnostic.
Dans l'app Helena, le check-in du soir vous permet de noter votre humeur et vos symptômes au fil du cycle. Ce n'est pas un outil de diagnostic validé, mais une trace à montrer à votre médecin.
Une sensibilité aux hormones, pas un dérèglement
Les taux d'œstrogènes et de progestérone sont les mêmes chez les femmes qui ont un SPM et chez les autres (RCOG, 2017). L'hypothèse principale est une sensibilité particulière du cerveau aux variations normales de ces hormones au cours du cycle (Miller et Carlson, 2026 ; Nevatte et al., 2013). C'est le cycle avec ovulation qui déclenche les symptômes : ils n'existent pas avant la puberté, pendant la grossesse ni après la ménopause (RCOG, 2017).
Combien de femmes sont concernées ?
Les chiffres du SPM varient beaucoup selon la définition retenue. La recommandation britannique estime que quatre femmes sur dix ont des symptômes prémenstruels (RCOG, 2017). Pour le TDPM, une méta-analyse de 2024 trouve 3,2 % quand le diagnostic est confirmé par un relevé, et 1,6 % dans les échantillons de population générale : environ deux à trois femmes sur cent (Reilly et al., 2024).
Quand une dépression ou une anxiété s'aggrave avant les règles
Une dépression ou une anxiété présentes tout le mois peuvent s'aggraver avant les règles. On parle alors d'aggravation prémenstruelle : ce n'est pas un TDPM, et c'est le trouble de fond qui se soigne d'abord (O'Brien et al., 2011 ; Nevatte et al., 2013). Le même relevé quotidien permet de faire la différence, en mesurant les symptômes de la semaine qui suit les règles (Lin et al., 2024). Les données sur ce sujet restent minces (Lin et al., 2024).
Et avec un SOPK ?
Dans un registre national suédois, les femmes avec un SOPK recevaient plus souvent un diagnostic de trouble prémenstruel, environ une fois et demie plus, après ajustement (Opatowski et al., 2025). Ces diagnostics n'étaient pas confirmés par un relevé, et l'étude ne distingue pas le SPM du TDPM. Avec des cycles longs ou sans ovulation, le rythme des symptômes peut aussi être plus difficile à lire : votre médecin vous aidera à interpréter le relevé.
Ce qui aide
- Des explications et du soutien suffisent quand les symptômes sont légers (Nevatte et al., 2013).
- Des traitements médicamenteux réduisent probablement les symptômes du SPM et du TDPM par rapport à un placebo, avec une certitude modérée, sans toujours les faire disparaître, avec des effets indésirables fréquents (Jespersen et al., 2024). Leur choix se fait avec un médecin, selon vos symptômes, vos projets de grossesse ou de contraception et vos préférences (Nevatte et al., 2013).
- Une thérapie cognitive et comportementale est à envisager dans les formes sévères (RCOG, 2017).
- L'activité physique pourrait aider, mais les preuves restent limitées (RCOG, 2017).
- Les compléments et les plantes ont des résultats contradictoires (RCOG, 2017). Dans les essais, plus d'un tiers des femmes vont mieux sous placebo, ce qui explique qu'on trouve tant de remèdes « qui marchent » (RCOG, 2017).
Idées suicidaires : ne pas attendre
Le TDPM est associé à des idées suicidaires et à des tentatives plus fréquentes, et ce risque doit être recherché chez toute femme qui a un trouble prémenstruel modéré à sévère (Prasad et al., 2021). Des idées suicidaires, même si elles ne viennent qu'avant les règles, ne sont jamais à prendre à la légère, et n'attendent pas la fin des deux cycles de relevé (O'Brien et al., 2011).
En France, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable jour et nuit. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Notre article Anxiété, déprime et SOPK donne d'autres ressources.
Quand consulter
- Vos symptômes gênent votre travail, vos études ou vos relations, ou vous causent une forte détresse.
- Ils ne s'arrêtent pas après les règles, ou vous n'avez jamais de semaine sans symptôme : une autre cause est à chercher (RCOG, 2017).
- Une dépression ou une anxiété déjà connues s'aggravent avant les règles : dites-le à la personne qui vous suit.
Apportez votre relevé, et signalez une éventuelle contraception hormonale, qui peut modifier le rythme des symptômes (RCOG, 2017).
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si votre humeur avant les règles vous pèse, parlez-en à votre médecin, à votre gynécologue, à votre sage-femme ou à un professionnel de santé mentale.
