Avec un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), la vie peut vite s'organiser autour des rendez-vous, des repas, des symptômes à surveiller. Les moments agréables passent alors en dernier, comme une récompense à mériter une fois le reste accompli. Les études sur le moral disent autre chose : ces moments comptent. Elles disent aussi ce qu'ils ne font pas, et c'est tout aussi important.
Ce que montrent les essais
Le lien entre le moral et la place des activités agréables dans une vie a été décrit il y a longtemps : les personnes déprimées trouvent moins d'activités agréables et s'y engagent moins souvent (Mazzucchelli et al., 2010). Il a donné naissance à une thérapie, l'activation comportementale. Avec un soignant, on repère les activités qui ont été agréables, ou qui comptent pour soi, on observe le lien entre ce que l'on fait et son humeur, puis on leur redonne peu à peu de la place dans ses journées (Mazzucchelli et al., 2010).
Contre la dépression, une méta-analyse de 26 essais, 1 524 participants au total, trouve l'activation comportementale nettement plus efficace que les groupes témoins, même si la qualité de la plupart des essais était faible et leur suivi court (Ekers et al., 2014). L'OMS la compte parmi les thérapies efficaces de la dépression (OMS, 2026).
Elle ne sert pas qu'aux personnes déprimées. Une méta-analyse de 20 essais, 1 353 participants, trouve qu'elle améliore le bien-être, chez des personnes sans trouble comme chez des personnes avec des symptômes dépressifs, avec un effet moyen. Les auteurs soulignent le petit nombre d'essais, souvent de petite taille, et un suivi court (Mazzucchelli et al., 2010).
Des exercices aux effets modestes
D'autres exercices visent directement les émotions positives : noter le soir ce qui s'est bien passé, exprimer sa gratitude, savourer un moment, faire un geste gentil pour quelqu'un, s'appuyer sur ses points forts. Une méta-analyse de 39 études, plus de 6 000 participants, leur trouve de petits effets sur le bien-être et sur les symptômes dépressifs ; ceux sur le bien-être tiennent encore, petits, trois à six mois plus tard. Les études étaient très différentes les unes des autres, de qualité variable, avec des signes de biais de publication (Bolier et al., 2013).
Ce sont des appoints. Ils ne remplacent ni une thérapie, ni un traitement quand le moral est vraiment bas.
Et les hormones ?
On lit souvent que le plaisir libère de l'ocytocine, qui ferait baisser le cortisol et agirait sur l'ensemble des hormones. Les études citées pour le dire ne le montrent pas. La plus connue a porté sur 37 hommes en bonne santé, en laboratoire : avant une épreuve de stress, certains recevaient de l'ocytocine par spray nasal, d'autres un placebo, avec ou sans le soutien de leur meilleur ami (Heinrichs et al., 2003). Elle ne dit rien du plaisir au quotidien, ni des femmes, ni du SOPK.
Une autre étude, chez près de 1 400 personnes, trouve que celles qui ont le plus de loisirs agréables ont en moyenne un meilleur moral et moins de symptômes dépressifs, ainsi qu'une tension, un cortisol et un tour de taille plus bas. Mais elle compare des personnes à un moment donné : elle ne peut pas dire si les loisirs en sont la cause, ou si l'on a plus de loisirs quand on va bien, et ses auteurs demandent des études qui suivent les personnes dans le temps (Pressman et al., 2009).
La recommandation internationale sur le SOPK, elle, ne parle pas du plaisir (Teede et al., 2023). Ce que l'on peut dire honnêtement : les moments agréables comptent pour le moral. C'est une raison suffisante, sans leur prêter un effet sur le SOPK que personne n'a mesuré.
Aucune obligation d'aller bien
Faire une place au plaisir ne veut pas dire se forcer à être heureuse. Deux études américaines, menées uniquement chez des femmes, suggèrent même qu'en faire un objectif peut décevoir. Dans la première, 59 femmes qui avaient vécu un événement difficile dans les six mois répondaient à des questionnaires : celles qui accordaient le plus d'importance au bonheur se sentaient moins bien, mais seulement quand leur vie était peu stressante. Dans la seconde, 69 étudiantes lisaient ou non un faux article de presse vantant les bienfaits du bonheur, puis regardaient un film joyeux ou triste : celles qui avaient lu l'article réagissaient moins positivement au film joyeux, déçues par leurs propres émotions (Mauss et al., 2011).
Le but n'est donc pas d'aller bien à tout prix, ni de faire du plaisir une tâche de plus à réussir. C'est de laisser de la place, quand c'est possible, à ce qui vous fait du bien. Les jours où rien ne vient, ce n'est pas un échec.
En pratique
Quelques pistes, sans obligation :
- garder un peu de ce que vous aimiez faire, comme le conseille l'OMS quand le moral baisse (OMS, 2026) ;
- voir ou appeler des proches, et parler de ce que vous ressentez à quelqu'un de confiance (OMS, 2026) ;
- bouger d'une façon qui vous plaît : avec un SOPK, la recommandation demande que l'activité physique suive vos préférences, et ne retient aucun type d'exercice comme supérieur (Teede et al., 2023) ;
- noter, le soir, une chose qui s'est bien passée, si cela vous parle (Bolier et al., 2013).
Le plaisir dans l'assiette a aussi sa place : la recommandation demande de tenir compte de vos goûts et d'éviter les régimes trop restrictifs (Teede et al., 2023).
Quand en parler
Si plus rien ne vous fait plaisir, presque tous les jours depuis au moins deux semaines, ce n'est pas un manque de volonté à corriger par des loisirs : c'est un signe possible de dépression (OMS, 2026). Elle est plus fréquente avec un SOPK, et la recommandation demande de la rechercher chez toutes (Teede et al., 2023). Parlez-en à votre médecin. Voyez Anxiété, déprime et SOPK et Manque d'élan et dopamine.
En résumé
- Planifier des activités agréables, ou qui comptent pour vous, améliore le bien-être, et c'est une thérapie reconnue de la dépression.
- Les exercices de psychologie positive ont des effets modestes.
- Ces études mesurent le moral : aucune ne montre un effet du plaisir sur les hormones ou sur le SOPK.
- Vouloir à tout prix être heureuse peut décevoir : le plaisir n'est pas une obligation de plus.
- Si plus rien ne vous fait plaisir depuis deux semaines, parlez-en à votre médecin.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous pensez au suicide, appelez le 3114 ; en cas d'urgence vitale, le 15 ou le 112.
