On lit souvent que les perturbateurs endocriniens auraient un lien avec le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Le sujet inquiète, et les conseils qui circulent culpabilisent parfois. Voici ce que mesurent vraiment les études, ce qu'elles ne permettent pas de dire, la position des autorités sanitaires, et les gestes simples qu'elles recommandent à tout le monde.
De quoi parle-t-on ?
Selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé, reprise par la Commission européenne, un perturbateur endocrinien modifie le fonctionnement du système hormonal et nuit ainsi à la santé, chez la personne exposée ou chez ses enfants (SpF, 2026). Près de 800 substances ont des propriétés de ce type, avérées ou suspectées, et seule une petite partie a été testée (OMS et PNUE, 2012). On en trouve dans certains plastiques (bisphénol A, phtalates), des revêtements, des retardateurs de flamme, certains pesticides, des produits d'hygiène (triclosan) et des cosmétiques (parabènes) (SpF, 2026).
Ces substances entrent dans le corps par l'alimentation, l'eau, la poussière, l'air et la peau (OMS et PNUE, 2012). En France, les études de biosurveillance montrent que presque toute la population, enfants compris, en porte des traces, notamment de phtalates et de bisphénols. Leurs effets sur la santé humaine restent « complexes et encore mal connus », et la période la plus sensible va de la grossesse à la fin de la puberté (SpF, 2026).
Ce que mesurent les études chez les femmes avec un SOPK
Le bisphénol A, utilisé dans certains plastiques et vernis, est de loin la substance la plus étudiée. En 2012, le rapport de l'OMS et du Programme des Nations unies pour l'environnement relevait encore que la question du SOPK avait été trop peu étudiée (OMS et PNUE, 2012).
- Une méta-analyse de 2026 a réuni 17 études, soit 3 010 femmes, menées en Asie et en Europe entre 2001 et 2024. Le bisphénol A était en moyenne plus élevé, dans le sang comme dans les urines, chez les femmes avec un SOPK que chez les autres. Le bisphénol S, un de ses substituts, l'était un peu aussi, dans trois études. Mais les résultats variaient énormément d'une étude à l'autre (Gui et al., 2026).
- Une revue de 2023 a retenu 15 études : onze trouvaient plus de bisphénol A avec un SOPK, d'autres non. Certaines notaient un lien entre le taux de bisphénol A et celui de testostérone ou la résistance à l'insuline, d'autres pas (Srnovršnik et al., 2023).
- Pour les autres substances, les données sont minces : une ou deux études pour les parabènes et le triclosan, sans lien net (Srnovršnik et al., 2023 ; Ozga et Jurewicz, 2025). Pour les phtalates, la plupart des cinq études trouvent un lien avec un des composés mesurés, mais l'une trouve au contraire des taux plus bas avec un SOPK (Ozga et Jurewicz, 2025).
Pourquoi ces études ne disent pas ce qui vient en premier
Trouver plus de bisphénol A chez les femmes avec un SOPK ne dit pas lequel des deux précède l'autre :
- Le moment de la mesure. Ces études comparent des femmes déjà diagnostiquées à des femmes sans SOPK, à un moment donné. Aucune n'a suivi des femmes avant l'apparition du syndrome (Gui et al., 2026).
- Une seule prise de sang ou d'urine. Le bisphénol A s'élimine vite, et une mesure unique reflète surtout les jours précédents, pas l'exposition sur des années (Srnovršnik et al., 2023 ; Gui et al., 2026).
- Le lien pourrait aller dans l'autre sens. Le foie élimine le bisphénol A grâce à une enzyme que les androgènes freinent. Or les androgènes sont souvent plus élevés avec un SOPK : le syndrome pourrait donc faire monter le taux mesuré, plutôt que l'inverse. Les auteurs des deux revues citent cette hypothèse (Srnovršnik et al., 2023 ; Gui et al., 2026).
- D'autres facteurs mêlés. Les autres expositions n'étaient pas mesurées, et le lien avec le poids varie selon les études (Gui et al., 2026 ; Srnovršnik et al., 2023).
- Les études animales ne suffisent pas. Les effets décrits chez l'animal se transposent mal à l'humain, et les démontrer chez l'humain demande de suivre de grandes cohortes pendant des années (SpF, 2026).
La recommandation internationale sur le SOPK, publiée en 2023, ne formule d'ailleurs aucune recommandation sur ces substances (Teede et al., 2023).
Ce que disent les autorités
Les autorités sanitaires ne parlent pas du SOPK en particulier : elles cherchent à réduire l'exposition de toute la population, surtout pendant la grossesse et la petite enfance.
- L'Anses a conclu en 2013 à un risque potentiel pour l'enfant à naître des femmes enceintes exposées au bisphénol A, avec une confiance jugée « modérée », et a recommandé de réduire les expositions, sans encourager à le remplacer par d'autres bisphénols, faute de données (Anses, 2013).
- En France, le bisphénol A a été suspendu dans les biberons en 2010, une mesure étendue à l'Union européenne en 2011, puis suspendu dans les conditionnements au contact des aliments à partir de 2015 (MTE, 2025).
- L'Agence européenne des produits chimiques a reconnu en 2017, sur proposition de la France, le bisphénol A comme perturbateur endocrinien pour la santé humaine (MTE, 2025). Il est interdit dans les tickets de caisse depuis 2020 (Ozga et Jurewicz, 2025).
- L'Autorité européenne de sécurité des aliments a fortement abaissé en 2023 la dose de bisphénol A jugée tolérable chaque jour, et la Commission européenne a adopté le 19 décembre 2024 son interdiction dans les matériaux au contact des aliments. L'agence prépare désormais, avec l'Agence européenne des produits chimiques, l'évaluation des autres bisphénols (EFSA, 2026).
Des gestes simples, recommandés à tous
On ne peut pas supprimer toutes ces substances, mais quelques gestes du quotidien diminuent l'exposition. Santé publique France les propose aux futurs parents, et ils valent pour tout le monde (SpF, 2026).
- Aérer. Ouvrir grand chaque pièce au moins dix minutes par jour, été comme hiver, et pendant ou après la cuisine, le ménage ou la douche (SpF, 2025).
- Alléger les produits d'entretien. En avoir moins, éviter les sprays, et se passer des bougies parfumées, de l'encens et des parfums d'ambiance, qui ajoutent des substances dans l'air au lieu de l'assainir (SpF, 2025).
- Ne pas chauffer d'aliments dans du plastique. Les substances des emballages passent dans les aliments, surtout quand le plastique est chauffé (SpF, 2024). Pour réchauffer, un plat en verre ou en céramique fait l'affaire.
- Laver et éplucher les fruits et légumes, manger varié, et cuisiner maison quand on le peut plutôt que de multiplier les produits ultra-transformés (SpF, 2024).
- Choisir peu de cosmétiques et de produits d'hygiène, avec des listes d'ingrédients courtes (SpF, 2026).
« Sans bisphénol A » ne veut pas forcément dire sans bisphénol : certains substituts appartiennent à la même famille, et leur sécurité est encore à l'étude (Anses, 2013 ; EFSA, 2026).
Sans culpabilité
Aucune des études citées n'a testé si réduire son exposition change quoi que ce soit au SOPK : ce sont des études d'observation (Gui et al., 2026 ; Ozga et Jurewicz, 2025). Les gestes ci-dessus sont des précautions pour tout le monde, pas un traitement, et il n'y a pas à se reprocher ce que l'on ne peut pas éviter.
Pour le SOPK lui-même, ce qui est établi est résumé dans Comprendre le SOPK. Si vous avez un projet de grossesse, c'est la période où ces gestes comptent le plus, et Un projet de bébé avec un SOPK détaille ce qui se prépare avant.
En résumé
- Les perturbateurs endocriniens sont partout, et presque tout le monde y est exposé.
- Chez les femmes avec un SOPK, le bisphénol A est souvent retrouvé à des taux plus élevés ; pour les autres substances, les données sont minces.
- Ces études ne disent pas ce qui vient en premier : le SOPK lui-même pourrait ralentir l'élimination du bisphénol A.
- La recommandation internationale sur le SOPK n'en dit rien ; les autorités visent à réduire l'exposition de tous, surtout pendant la grossesse.
- Aérer, ne pas chauffer d'aliments dans du plastique, laver les fruits et légumes, alléger produits ménagers et cosmétiques : des gestes simples, sans culpabilité.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
