Un cycle « irrégulier » n'a rien d'une impression : il se définit avec des chiffres. Deux jeux de repères font référence, celui de la recommandation internationale de 2023 sur le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et celui de la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO). Ils ne disent pas tout à fait la même chose, parce qu'ils ne répondent pas à la même question.
Comment se compte un cycle
Un cycle va du premier jour des règles au premier jour des règles suivantes (Munro et al., 2022). Sa longueur varie d'un cycle à l'autre chez toutes les femmes. Cette variation tient surtout à la phase qui précède l'ovulation, dont la durée change beaucoup d'un cycle et d'une femme à l'autre ; la phase qui suit l'ovulation est plus stable (Bull et al., 2019). L'ovulation ne tombe donc pas à date fixe.
Un cycle habituel selon la FIGO
La FIGO décrit le cycle habituel par plusieurs paramètres (Munro et al., 2018) :
- la fréquence : des règles tous les 24 à 38 jours. Au-delà de 38 jours, on parle de règles peu fréquentes ;
- la régularité : l'écart entre votre cycle le plus court et votre cycle le plus long reste de 7 à 9 jours au plus, selon l'âge ;
- la durée des règles : 8 jours au plus.
Ces bornes viennent de grandes études de population : elles décrivent ce qu'on observe chez la plupart des femmes de 18 à 45 ans (Munro et al., 2022).
Un cycle irrégulier selon la recommandation SOPK de 2023
La recommandation internationale fixe ses repères selon le temps écoulé depuis les premières règles (Teede et al., 2023) :
- la première année : des cycles irréguliers sont normaux, le temps que l'axe hormonal mûrisse ;
- de un à trois ans : des cycles de moins de 21 jours ou de plus de 45 jours sont irréguliers ;
- à partir de trois ans, et jusqu'à la périménopause : des cycles de moins de 21 jours ou de plus de 35 jours, ou moins de 8 cycles par an ;
- dès un an après les premières règles, un seul cycle de plus de 90 jours suffit.
Quand les cycles sont irréguliers au sens de ces repères, la recommandation demande d'envisager un SOPK et de l'évaluer.
Pourquoi les deux repères ne coïncident pas
Un cycle de 36 jours est habituel pour la FIGO, mais sort des repères de la recommandation SOPK. Ce n'est pas une contradiction : la FIGO décrit la variété des cycles dans la population, alors que la recommandation SOPK fixe le seuil à partir duquel il vaut la peine de chercher un SOPK. C'est notre lecture des deux textes, qui n'en discutent pas l'écart.
Un cycle isolé hors des repères ne fait pas pour autant un diagnostic : la recommandation raisonne sur les cycles, au pluriel, et un seul cycle ne la fait basculer qu'au-delà de 90 jours (Teede et al., 2023).
Des cycles réguliers ne prouvent pas l'ovulation
Un trouble de l'ovulation peut exister avec des cycles réguliers : la recommandation internationale le rappelle, et propose de doser la progestérone si l'on doit confirmer l'absence d'ovulation (Teede et al., 2023). Dans les études qu'a rassemblées la FIGO, la part de cycles sans ovulation chez des femmes aux cycles réguliers allait d'environ 4 % à 27 % (Munro et al., 2022). Des règles prévisibles s'accompagnent le plus souvent d'une ovulation, mais pas toujours (Munro et al., 2018).
Combien de cycles observer avant de conclure
Aucune des recommandations lues ne donne un nombre de cycles. La FIGO parle de trouble chronique quand il est présent la majeure partie des six derniers mois, et rappelle que l'histoire des cycles sur plusieurs mois renseigne mieux qu'un bilan fait sur un seul cycle (Munro et al., 2018 ; Munro et al., 2022). Le repère des 8 cycles de la recommandation SOPK se compte, lui, sur une année (Teede et al., 2023).
En pratique : notez la date de début de chaque règles, sans vous arrêter à un cycle qui sort de l'ordinaire. Un relevé de plusieurs mois vaut bien plus qu'un souvenir.
Le cycle, un signe de santé
Pour l'adolescence, le collège américain des gynécologues obstétriciens (ACOG) propose de considérer le cycle comme un signe vital, au même titre que la tension ou le pouls : un cycle qui s'écarte des repères peut révéler un problème de santé. Il encourage aussi à noter ses cycles, et cite les applications pour téléphone parmi les moyens d'y arriver (ACOG, 2015). Le texte vise les adolescentes ; l'idée vaut, à notre sens, à tout âge.
Ce que Helena lit dans vos dates
L'écran Cycle de l'app Helena lit les dates de vos règles avec les repères de la recommandation de 2023 pour les femmes qui ont eu leurs premières règles il y a trois ans ou plus : 21 et 35 jours, 8 cycles par an, 90 jours (Teede et al., 2023). Il ne remplace pas un avis médical, mais il vous donne un relevé à montrer. Sur le site, notre calculateur de cycle irrégulier applique les mêmes repères.
Quand en parler à un médecin
- Vos cycles sont irréguliers au sens des repères ci-dessus : parlez-en, pour chercher un SOPK ou une autre cause (Teede et al., 2023).
- Un cycle a duré plus de 90 jours, ou vos règles se sont arrêtées : voyez notre article Plus de règles depuis des mois : quand consulter.
- Vos règles durent plus de 8 jours (Munro et al., 2018), ou vous devez changer de protection toutes les une à deux heures, ce que l'ACOG considère comme des règles trop abondantes (ACOG, 2015) : consultez, et sans attendre si le saignement est très abondant.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Pour toute question sur votre cycle, parlez-en à votre médecin, à votre gynécologue ou à votre sage-femme.
